
Suite de mon article sur la douleur sans traces, même si le premier
semble avoir heurté quelques petites natures moralisatrices, allant même jusqu'à la dénonciation auprès d'overblog. Si la torture est une tradition française, je n'oublie pas que la délation l'est
aussi.
Je relisais d'ailleurs cette nuit le fameux "Bagatelles pour un Massacre" de Céline, d'un seul trait. Je fus surprise de constater la violence implicite à l'encontre du peuple français.
Je me demande si Céline, tout comme Baudelaire avec son "Pauvre Belgique", n'a pas inconsciemment ciblé son propre peuple.
"Les Nations n'ont de grands hommes que malgré elles."
Quoi qu'il en soit, le docteur Destouches s'est sans doute trompé de diagnostic. A la place de "youpin" et de "youtre", il serait mieux de lire "français" ou encore "gaulois". L'oeuvre devient tout
à coup beaucoup plus drôle.
Il est toujours délicieux de constater ce que renvoie la violence aux consciences lambda. Les indignations, les jérémiades, les lividités psychiques me donnent le fou-rire. Il s'agit d'un fou-rire
accessoire bien entendu, et non d'une fin en soi. C'est dans ces moments là que les teckels de l'Ethique se réunissent en bandes, et dégainent leurs bréviaires moisis pour rappeler, avec
un regard d'enfant apeuré et écoeuré, les imbéciles fondamentaux des droits de l'homme. J'aurai bientôt l'occasion d'écrire sur le sujet un peu plus en profondeur.
Pour ceux ou celles qui trouvent anormal d'écrire de telles choses, je répondrai que "Les 120 journées de Sodome", c'est à dire le livre le plus abominable de tous les temps, est
trouvable dans n'importe quelle librairie en livre de poche, et même imprimé sur papier Bible, dans la collection La Pléiade. Il en est de même pour le Coran.
Revenons à nos moutons, c'est à dire à mes soumis, pauvres êtres torturés sans plaisir, mais s'étant abandonnés à moi, et supportant sciemment ou non les conséquences de cet abandon.
La torture sans traces, c'est aussi faire appel à la dimension psychologique du sujet. Elle ne peut être possible sans une connaissance aigüe de la psychologie du serviteur bien sûr. Bon nombre de
serviteurs ont l'orgueil de s'imaginer différents des autres, et pourtant l'humain reste le même face à certaines situations. Le : "mais moi je ne suis pas comme eux" est un grand classique mais
n'est en rien une vérité face à la profonde authenticité de la torture et de la douleur. Il existe des genres d'humains au sein même du genre humain, et personne n'y
échappe. Ceux qui s'imaginent en dehors des genres appartiennent justement à un genre. C'est cela que les petits naïfs doivent comprendre. Cela s'entend avec l'expérience et la maturité, mais je
puis me charger d'accélérer le processus, et ce avec le plus grand plaisir.
Ainsi donc, j'apprends à connaître mon serviteur, son fonctionnement, ses dégoûts, ses passions, ses mensonges. Certains jouent avec moi en se demandant si une faible femme va enfin parvenir à les
comprendre en profondeur. Ils effacent les traces, simulent, restent évasifs, me tendent des pièges. Prendre l'assaut d'un psychisme est toute une aventure. Lors de certaines périodes au cours
desquelles je suis plus "patiente", j'aimerai le labourer savamment, je le testerai, je l'éprouverai, et bien sûr je ne serai pas dupe de ce que je verrai, c'est à dire de ce qu'il laissera
paraître. Cela peut me prendre dix minutes ou dix mois, mais je parviens toujours à comprendre comment fonctionne un énergumène. La chair est faible, j'ai lu tous les livres, et je suis
foncièrement une enculeuse.
Une fois le château fort assiégé, je m'introduis avec ou sans violence et prends donc naturellement possession des lieux. Enfant, je me souviens avoir observé des heures durant des chats
s'amuser avec une souris traquée. Ils la capturaient dans leur gueule, la relachaient, la rattrapaient encore pour mieux l'accrocher avec leur patte, puis lassés, la laissaient crever
d'épuisement. S'il s'agissait d'une question de vie ou de mort pour la pauvre souris essouflée, ce n'était qu'un jeu pour le chat. Inutile de dire que je suis le chat. Mais laissons-là cet aparté
sentimental...
Tout être est régi par des peurs, des phobies, et ses intentions sont régulées par un instinct de survie qui le pousse à échapper à ses peurs, même si cet instinct le conduit à les affronter, car
les affronter est une autre manière de les fuir dans le sens où l'on ne domine jamais ses peurs profondes mais on apprend à les apprivoiser. B.A BA. C'est justement ici qu'il est intéressant
pour moi de lui faire parcourir le chemin inverse, qu'il soit d'accord ou non d'ailleurs. J'écrirai encore une fois prochainement sur l'idée qu'il faut absolument mettre l'individu en face de
son humanité, du caractère fragile et dérisoire de celle-ci.
Morceau de bidoche au cortex trop développé, future pourriture cadavérique en perpétuel besoin d'amour, ils se ressemblent tellement que cela en devient presque touchant si ça n'était pas
désopilant.
Je vais donc employer quelques techniques réfléchies en fonction du sujet. Bien entendu, j'ai acquis la certitude que certains d'entre eux veulent ardemment se faire explorer et se mettre à nu, ils
ont besoin de leur Maman translucide, ce cirque est assez courant dans le SM, mais là n'est pas mon intérêt, ni le leur en l'occurence, puisque je vais bien au delà de la compréhension de l'être,
je le comprends pour mieux l'utiliser, et cette compréhension gagnée signifie pour lui une condamnation, puisque ce qui est utilisé est ensuite broyé et à jeter. Je ne me ressers jamais deux fois
du même kleenex.
Jouer sur les phobies est sans aucun doute le plus plaisant de tous les jeux. Avec un arachnophobe, je vais le ligoter avec du scotch à carton, l'asseoir par terre, jambes écartées, et faire courir
sur son corps nu quelques gentilles faucheuses ou araignées plus épaisses adroitement capturées par mon jardinier. J'ai également fait l'expérience dans le passé de laisser un individu dans une
petite pièce (style cagibi) avec plusieurs spécimens de ce genre. Malheureusement, je ne puis voir ce qui se produit, ce qui est frustrant, mais tout au moins ai-je le plaisir de l'entendre.
Je me souviens récemment de ce serviteur terrorisé par les serpents. Je l'avais enfermé dans une pièce du donjon, une petite pièce entièrement vide mais pourvue d'une vitre donnant sur une autre
pièce. Cette pièce était une cabine de studio d'enregistrement musical à ce que m'en a dit l'ancien propriétaire des lieux. J'avais ensuite demandé à mon jardinier, qui aime les animaux,
lui, de jeter dans la pièce éclairée une petite couleuvre inoffensive fraichement capturée dans les herbes hautes près du chemin de terre. Le serviteur, entièrement nu, se mit à hurler avec
beaucoup de féminité, ce qui rendait le serpent plus agressif. La scène était d'une grande violence, je dois l'avouer. Je m'amusais ainsi à l'observer en train de se débattre avec son malheur,
éteignant parfois la lumière afin de favoriser son angoisse. J'avais bien entendu rajouté une couche, si j'ose dire, en expliquant au serviteur qu'il s'agissait d'un dangereux reptile
d'Amérique du Sud ramené par un admirateur. L'imbécile y a cru, mais je crois que cela n'aurait pas changé grand chose. Le spectacle fut en tous cas passionnant et je crois que je n'ai jamais
autant ri, même si l'appréhension d'une crise cardiaque du sujet me gagnait parfois.
D'autres variantes sont possibles avec des insectes de type "cafards" ou "fourmis", voire avec un rat ou une nichée de souris (ça, c'est le pire). "Fort Boyard", en comparaison, c'est un
massage thaïlandais.
Dans un tout autre genre, je puis également m'amuser à installer le soumis nu dans la salle Dojo et débarquer avec brutalité dans la pièce, un sabre katana ou une torche enflammée à la main, rouge
de colère, profondément déterminée, avec dans les yeux la ferme intention de le tuer.
Il m'arrive également de convoquer plusieurs serviteurs en même temps, et de les faire passer à la moulinette un par un dans la salle médicale. Les autres attendent dehors, assis dans le couloir.
Il s'agit d'une séance chez le dentiste revisitée. Le dernier à passer est en général le phobique. En entendant les cris épouvantables de ses prédécesseurs, il entre dans une phase de terreur
insoutenable. J'en ai vu certains, par le trou de la serrure, pleurer toutes les larmes de leurs corps.
J'ai parlé du waterboarding, mais les beaux jours, j'utilise une petite piscine gonflable dans le parc. Je place le sujet ligoté dans le bassin vide, et ensuite je remplis la piscine avec un tuyau
d'arrosage. Cette opération est longue mais diablement intéressante. Le sujet sent peu à peu l'eau monter et l'envahir, et il sait que sa position voutée ne lui permettra pas d'avoir la tête
hors de l'eau lorsque la piscine sera remplie. L'angoisse monte progressivement, de même que le niveau de l'eau. Le sujet craque en général lorsque l'eau arrive à ses narines, jusqu'au bout il
a voulu résister. Je remarque d'ailleurs que la noyade est souvent la pire des hantises humaines.
La peur de l'humiliation sociale est un grand classique. C'est l'une des raisons pour lesquelles je possède toujours un moyen de chantage sur un individu, photos, vidéos, et adresses de la famille
et des employeurs. J'ai connu de vrais mordus de ce genre de jeu qui aimaient se donner des sensations en jouant avec le feu, en étant bien entendu persuadés que je ne passerais jamais à l'acte.
Mal leur en a pris. Pour ceux qui en ont une véritable phobie, j'aime inquiéter, presser, relancer.
Il y a également toutes les tortures par la frustration, notamment la frustration sexuelle. Je puis par exemple attacher un sujet, lui bander les yeux, lui installer une cage de chasteté, et me
déshabiller entièrement, voire me faire éclater sur le canapé par quelques soumis, tandis qu'il entend tout, ne voit rien, et ne peut même pas bander normalement.
Je ne parlerai pas des tortures par le stress et la pression, même si elles sont passionnantes, mais elles méritent un article dédié.
Autant de phobies, autant de tortures. La peur du vide, la peur du noir, la peur du cloisonnement et de la solitude, la peur du regard extérieur, la peur de la mort... Il y a là matière à
divertissement, le tout sans laisser de traces bien entendu, du moins de traces physiques. Si je devais écrire un article sur les tortures qui laissent des marques, j'en aurais pour trois mois.
Il est courant dans le SM que le "masochiste", c'est à dire le client, cherche à vaincre ses peurs. La raison en est simple : il voit dans la Maîtresse, c'est à dire la
prestataire, une accompagnatrice, un soutien, une oreille attentive, et ainsi il se sent en confiance et parvient à se libérer. Cette confiance n'existe pas avec moi, car le serviteur sait que
je puis être sa pire ennemie. Cela change totalement la donne.