Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 17:00
Bienvenue sur mon dernier article public.

A l'aube de ma troisième année de présence sur la toile, j'ai souhaité en effet révolutionner un peu mon fonctionnement Internet.

Ainsi j'ai décidé de cesser d'écrire sur ce blog. Comme le visiteur ne manquera pas de le constater, tous les articles et les galeries sont à présent devenus indisponibles. (je laisse uniquement mon article profession de foi).

Erog en sera navré, certains visiteurs aussi peut être, mais cette décision est irrévocable. Elle ne signifie pas que je cesserai d'écrire, bien au contraire.

Cette décision résulte d'un cheminement cohérent plus que d'une lassitude. Trois années de plongeon dans "la foule", avec ses avantages et ses inconvénients, me paraissent amplement suffisantes. A partir de maintenant, l'accès à mon site, mon blog, mes photos, mon msn, sera réservé à des initiés, des gens ayant un fait un pas dans ma direction, c'est à dire, concrètement, à des "abonnés".

Cette évolution est logique, elle est dans l'esprit de la sélection que j'opère depuis le tout début, elle est logique aussi au regard de mon parcours de dominante qui a laissé sa chance à tous et qui, le temps passant, écrème au maximum afin de mieux se servir. Je ne veux pas n'importe qui, et comme n'importe qui me contacte, alors je rétrécis plus encore les mailles du filet. C'était inévitable.

Un blog public, accessible à tous, m'a longtemps semblé nécessaire, pas seulement pour mon propre plaisir, mais aussi parce qu'il me semblait opportun d'expliquer une autre vision des choses, comme je l'ai souvent expliqué. Avec plus d'un demi-million de pages vues, ce blog rarement alimenté a acquis une petite notoriété assez remarquable en marge d'un système SM pitoyablement formaté et désespérément prévisible. Bien entendu, je ne me fais aucune illusion sur la suite des choses : la loi du cirque reprendra ses droits, ce qui ne changera rien pour moi, ce qui sera sans doute dommage pour d'autres.

Mon nouvel espace cybernétique, concocté par mes propres soins en compagnie de ma nouvelle webmistress, est disponible depuis l'adresse suivante : http://www.maitresse-trinity.com/. Il s'agit d'un site plus complet, qui respecte mon univers, et qui tendra même à l'approfondir et le développer. Il reprend l'intégralité de mes articles publiés ici, mes pages statiques, le récit de mes orgies, mes galeries connues. J'ajouterai des choses, de nouvelles galeries, de nouvelles photos, de nouvelles interventions écrites, de nouveaux articles, j'y publierai des oeuvres littéraires que j'apprécie, une imagerie sadique et grivoise, des clips, des contributions d'admirateurs, et sans doute écrirai-je plus de récits, de confidences, d'anecdotes.

J'en ai donc terminé avec la bêtise (gratuite elle aussi) qui parcourt nonchalament les réseaux Adsl de ce pays. Je me suis suffisamment "mouillée" et confrontée à la différence, pendant que d'autres ne fréquentaient que des gens qui leur ressemblent et des univers petits-bourgeois dans lesquels ils ont quelques confortables repères.

J'ai conscience qu'un site privé, à accès payant, un "abonnement" plus précisément, pénalisera ceux qui n'ont pas de moyens à y consacrer. Je sais aussi, d'expérience, que ceux qui possèdent les moyens sont justement les plus médiocres de tous. Mais ce que je sais surtout, c'est que la motivation n'est d'aucune classe sociale. Ceux qui viendront à moi seront dans l'obligation de faire un effort, qu'ils le veuillent ou non. Sinon ils passeront leur route, la mienne ne changera pas de cap et restera parfaitement indifférente à leur refus.

Je précise que je ne me sentirai pas obligée d'entretenir cet espace afin de satisfaire ou de divertir intellectuellement "l'abonné", puisque je me fous de "l'abonné" comme je me suis toujours foutue de l'opinion des lecteurs de ce blog, l'abonné n'étant qu'un curieux parmi d'autres. Mais peut être me laisserai-je plus aller dans la confidence si je sais que je ne jette pas de perles à n'importe quel pourceau qui a vu de la lumière et qui est entré sans savoir où il mettait les sabots.

Je poursuivrai bien sûr mes "castings" à distance afin d'alimenter mon Cercle, j'ai d'ailleurs une nouvelle adresse msn dédiée à cela. Ne pourront me contacter que les abonnés, et donc fatalement des gens qui ont pris connaissance de toutes mes conditions et qui ne me dérangeront pas pour rien. Je ne lirai plus mes messages sur l'ancienne boîte à partir de fin avril. Je précise que les membres de mon Cercle ainsi que quelques contacts appréciés pourront bénéficier d'un accès gracieux à cet espace. Il faudra pour cela m'envoyer une doléance par email (ladytrinity@live.fr) en me rappelant qui ils sont. Les sauf-conduits seront rares, je préfère prévenir.

Ce n'est pas une fin, c'est une continuité différente, mais si je devais établir un bilan de ces (bientôt) trois années d'internet "grand public", je dirais que je suis globalement satisfaite. J'y ai croisé quelques personnes très intéressantes, plus que je ne l'imaginais en tous cas, j'ai pu chasser, pêcher, traquer en toute liberté et avec grand plaisir. Ce furent des centaines d'heures de connexions avec n'importe qui, le plus souvent pour rien, ce furent des quiproquos, des complicités, des discussions, des tortures, des souffrances, des recadrages, des sanctions, de l'humour, des orgasmes.

J'ai subi aussi beaucoup de stupidité que je n'ai jamais manqué de dénoncer ici. Certains malotrus m'ont servi de "punchings-ball cybernétiques", dans la mesure où je ne pouvais pas leur en vouloir de m'avoir dérangée, puisque certains éléments étaient présents pour qu'ils viennent à moi. Idem pour ce que j'appelle les "fantasmeurs". Le fantasme fait partie de ce monde, et il est tout sauf blâmable. Je sais que mon monde fait fantasmer, je sais que je fais fantasmer. Certains ont pensé me provoquer alors que c'est moi qui les ai provoqués pour mieux les rameuter, et je puis dire qu'ils ont couru bien vite. Passer mes nerfs faisait partie du programme public, même si j'ai souvent été sincèrement énervée (il y avait de quoi au vu de la stupidité générale). Le fait de savoir que d'autres se sont révoltés contre mes articles me faisait aussi beaucoup sourire tant ces cibles étaient drôles et naïves. Cela rajouta à ma satisfaction, même si je reste convaincue de tout ce que j'ai écrit, et que je n'en changerai pas un mot.

J'ai conscience également d'avoir enrichi des êtres, de leur avoir apporté quelque chose, une connaissance sur les femmes, sur eux-mêmes, sur la vérité de ce monde appelé "BDSM". Je n'ai jamais été partageuse mais profiteuse. Ainsi, j'ai tout de même partagé, du moins ai-je laissé quelques miettes. Je ne le regrette pas.

Une page publique est donc tournée, une page privée s'amorce. Je dis adieu à certains d'entre vous.


Et pour les abonnés : à tout de suite...
Par Maîtresse Trinity
Voir les 0 commentaires

Mon sadisme, ma différence.

Depuis la naissance de ce blog, j'ai tenu à exposer des visions, des constats, des considérations sur ce qu'on appelle "le monde BDSM". Au fil des articles et des récits, je ne me suis pas contentée de dénoncer certaines contradictions, j'ai aussi laissé transparaître ce qui est mon système, et je l'ai confronté à un autre système que tous les "pratiquants" connaissent, à savoir le système consensuel.

Certaines personnes ont compris que ma personnalité, ma façon de vivre et de ressentir les choses était  différente des personnages de Maîtresses que nous connaissons tous. Il y a véritablement une différence de fond, et même une rupture que j'ai jugée utile d'expliquer.

Pour la dernière fois, je vais aller au coeur du sujet, le plus loin possible en tous cas, pour tenter de démasquer définitivement ce monde SM et pour détailler ma démarche et pourquoi j'ai voulu créer un cercle qui me correspond.

Les rêveurs, les naïfs, les inconscients devraient peut être passer leur route : je ne vais pas prendre de gants. Mais il est certain que la plupart des "pratiquants" seront bien conscients des constats que je vais dresser ici, du moins s'ils sont honnêtes intellectuellement. D'autres, en revanche, s'en moqueront, ils ont besoin de lécher du cuir au kilomètre, la "blabla" ne les intéresse pas, ce n'est donc pas à ces consommateurs que je m'adresse.

 

1 - Définition

Je vais tout d'abord me baser sur une définition que chacun pourra vérifier sur internet, puisque cette dernière est visible sur le site wikipedia, encyclopédie libre à disposition de tous. Je me connecte, et je cherche le mot "dominatrice". Voici le résultat : 

"Une dominatrice ou maîtresse est une femme qui accepte le rôle dominant dans le cadre de la pratique dominant/dominé."

"Pour Gilles Deleuze, le masochiste est essentiellement éducateur. Ce qui fait de la dominatrice, toujours selon Gilles Deleuze, « une masochisante », dominatrice en apparence uniquement."

"La dominatrice joue, dans le cadre d'une pratique dominante, un rôle très différent de celui qu'elle incarne en tant que femme à la ville ou au foyer. Elle apprend, dans la situation du contrat, à tirer parti de la puissance érotique que constitue ce rapport particulier à l'autre."


L'équivalent homme (mâle) est un « dominant » ou « maître ».


Deleuze sépare le sadisme du masochisme. Il parle de « contrat » dans le masochisme et dit que « Sado-masochisme est un de ces noms mal fabriqués, monstre sémiologique ».


La dominatrice a pour partenaire un masochiste. Un masochiste est, pour René Girard, « un maître blasé ».


Emmanuel Dazin dit que chez Masoch, la dominatrice affublée selon les désirs de l’esclave, les caractères qu’il lui attribue, est très vite stéréotypée. Et il ajoute : « Elle peut aller jusqu’à ressembler à une poupée, entre les mains de sa "victime" manipulatrice. »


Daniel Leuwers a préfacé une Vénus à la Fourrure en livre de poche : « Le masochiste cherche à conditionner l'attitude de la femme en vue de la faire participer à un jeu dont il entend assumer seul la direction. Il s'agit de donner à la femme l'illusion du pouvoir alors qu'elle est sous le joug insidieux de l'homme qui la force à le battre. »




Je me doute de l'identité de l'auteur de ce texte. C'est tout simplement un texte remarquable, qui explique très clairement ce qu'il en est de la Maîtresse traditionnelle et consensuelle, et avec une très grande honnêteté intellectuelle. Comme quoi je ne suis pas chienne...

Je vais d'ailleurs ajouter plusieurs autres considérations : 

Tout d'abord le concept de la Maîtresse SM a été inventé par l'homme. Ce sont les hommes qui ont construit et formaté ce qu'on appelle le "monde BDSM" pour en faire un outil qui les servent directement.

En créant ce monde, ils ont aussi créé le personnage de la Maîtresse, à qui ils délivrent un pouvoir lorsque l'envie leur prend de s'abandonner, cela, bien évidemment, afin de satisfaire une pulsion masochiste et/ou fétichiste.

Ce personnage de la Maîtresse, irréel, fantasmagorique, femme inaccessible, intouchable, fascinante, est tout sauf une femme. C'est un mythe, et dans le meilleur des cas, une caricature.

Cette femme ne s'abaisse pas à la sexualité, elle n'est jamais prise, elle est effleurée. Cette femme ne peut être séduite puisqu'elle est rendue inaccessible. Cette femme n'est jamais nue, elle est transcendée à travers le vêtement fétichisé. Cette femme n'est pas humaine, elle est divinisée et idéalisée.

Cette femme est la négation pure et simple de la nature féminine véritable, nature tellement décevante pour certains rêveurs qu'ils ont cru bon d'en inventer une autre. J'ai en parlé dans mon article sur le romantisme, à travers l'exemple de Madame Sabatier et de Charles Baudelaire.

Ce personnage de la Maîtresse a donc été créé pour satisfaire un besoin masculin d'absolu. Il faut que cela rentre bien dans les esprits.

Il n'est donc pas étonnant que depuis les "origines" de ce qu'on appelle le SM, les pratiquants aient toujours pensé à la place des Maîtresses. Ce sont les "soumis" qui ont inventé les dogmes, qui ont imaginé les pratiques, qui ont instauré les rituels, et qui ont même inventé les accessoires.

Le sadisme étant, par manque d'imagination, sempiternellement associé à la violation d'un cadre légal, et plus particulièrement d'un "contrat" entre deux "partenaires", alors le sadisme est renié, et la masochisme est roi. Dans le monde BDSM que nous connaissons, le sadisme n'existe pas, et tout tourne autour de la satisfaction d'un besoin masochiste.

En partant de ce constat, la "Maîtresse SM", qui est censée représenter la sadique, ne peut être qu'une comédienne et ce que j'appelle toujours une prestataire de services. Elle rend, littéralement, service à son "soumis", même si le mot client sera sans doute mieux adapté.

La Maîtresse est donc tout sauf une dominante. Elle ne contrôle rien ni personne. Elle est un jouet, un outil aux vertus thérapeutiques sans doute, qui n'obtient que des restes : s'oublier dans le personnage d'une femme qu'elle n'est pas et qui ne peut pas être, se donner l'illusion d'un pouvoir sur des êtres qui la manipulent, passer sa mauvaise humeur sur un punching ball amorphe, ou obtenir quelques billets de banque.

Les "dominantes" sont globalement dépassées par les envies de leurs soumis, elles s'échinent à les satisfaire en suivant le mouvement. La Maîtresse est donc continuellement l'élève de son soumis, ainsi que le remarque le philosophe suicidaire Deleuze. C'est lui qui mène la barque, et c'est lui qui l'habille, dans tous les sens du terme.

Si la Maîtresse SM est tout sauf une femme naturelle, il est donc intéressant de noter qu'une femme jouant ce rôle tente, consciemment ou non, d'oublier sa propre nature féminine le temps de la comédie. On le constate d'ailleurs sur la question de la nudité ou de la sexualité : ces choses là sont proscrites, bannies, condammées. Enlever sa nudité et sa sexualité à une femme, c'est lui enlever une partie importante de son humanité. Et c'est précisément ce que les hommes ont recherché en créant ce personnage : déshumaniser la femme.

La "Maîtresse" qui incarne ce rôle est exactement dans la même démarche que le "soumis" : le refus de la femme qu'elle est réellement.

Il y a également des femmes qui pensent se réaliser à travers ce personnage. En ce qui les concerne, le soupçon est de mise. Les motivations qui peuvent pousser une femme à jouer un rôle anti-naturel sont nombreuses : masochisme refoulé, divertissement, échappatoire à la réalité, vengeance sur les hommes, argent, besoin maternel, etc.

J'ajouterai que ce système est éminement moral. Car évidemment, assouvir le besoin d'un homme en restant dans un cadre légal, dans un contrat, est tout ce qu'il y a de plus moral. Les saintes nitouches qui critiquent les Maîtresses SM sont aussi consensuelles que les Maîtresses elles mêmes. En réalité, elles sont les deux faces de la même médaille : recto coincé, verso encanaillement.

Evidemment, jamais les "soumis", si on peut les appeler comme cela, n'iraient mettre leur jouet en face de ses contradictions. Ils ne peuvent renverser l'idole qu'ils ont construite et qui est censée "endosser" leurs "propres fautes". En effet, la Maîtresse, en plus d'être une poupée gonflable distancieuse, symbolise pour certains la noire conscience du "soumis". Alors elle devient une sorte d’expiatoire malsain avec la punition libératrice pour unique scénario.

Voici donc la Maîtresse SM : utilisée, manipulée, et le sachant, se rendant fière d’un pouvoir qu’elle ne possède pas, psychiatre, médecin, mère ou grande sœur punitive, et rachetant le péché des hommes en trépassant sur sa croix de Saint André (Eli, Eli, lama sabactani ?).

Cela s’appelle une "masochisante" lorsqu’on veut faire pédant.


On constate donc que lorsque je parle de "prestataires de services", ou bien de "fausses dominantes", ou encore de "clients", je ne pars pas simplement d'un constat issu de mon cerveau malade : même les garantes du Dogme l'avouent volontiers et l'écrivent... mais surtout pas sur leur site internet commercial.

Tout ce qu'on peut lire, les slogans commerciaux de certaines dominas qui s'imaginent réellement maîtriser quelque chose deviennent ineptes et participent à une comédie générale parsemée de folklore. Somme toute, "c'est pour rire".

Tout ceci n'est donc qu'un jeu pour individus parfaitement conscients, non pas de la dangerosité du SM (puisqu'il n'y en a plus, faute de sadisme), mais conscients de l'imposture de base. Ce qu'il faut comprendre, c'est que le monde BDSM actuel, le traditionnel, le consensuel, celui que tout le monde connaît, c'est un monde créé par les hommes et pour les hommes.

Bien entendu, nul besoin de lire Deleuze pour se rendre compte de cet état de fait. La pratique en fait prendre conscience assez tôt, à moins d'être une sinistre bécasse. Le comportement des "soumis" en dit plus long que wikipedia.

2 - Sade et Masoch

Ici, il s'agit de parler un minimum de Sade et de Masoch. Je ne vais pas tomber dans la conférence universitaire, je n'aurais pas cette prétention contrairement à certaines, je vais simplement donner quelques impressions.

Je ne suis pas seulement sadique, je suis sadienne. La lecture de Sade, adolescente, m'a révélée à moi même. J'y ai vu toute mon humanité, mais aussi celle des autres. J'ai trouvé à travers ces pages un champ de possibilités extraordinaire, où la morale, les conventions, cette mécanique ridicule et figée de la Société étaient purement et simplement balayées. Tout était devenu possible, car Sade nous explique que toutes les possibilités sont en nous, et que nos limites ne sont définies que par des contextes et des circonstances. Fondamentalement, nous sommes capables de tout. Il s'agissait donc pour moi de partir à la conquête de moi même mais aussi de l'homme, à travers la violence, la sexualité et la transgression.

La seule liberté possible réside dans Sade, pas dans Masoch. Sade représente l'explosion de tous les systèmes, Masoch c'est au contraire la création d'un nouveau système, système qui échoue d'ailleurs. Il y a mille fois plus de liberté, d'imagination, et d'humanité dans une seule ligne de Sade que dans deux cent pages de Masoch. C'est au fond le combat entre la lumière dix-huitiémiste et le romantisme verdatre et purulent du dix-neuvième.

Il y a toujours des petits malins pour dire que Sade n'a jamais pensé mettre à exécution ses noirs écrits. Ou bien que ces choses là ne sont pas faites pour être reproduites. Ou encore que l'horreur qu'il décrit représente la méchanceté du monde, ce qui ferait de Sade un écrivain moral, ce qu'il n'était évidemment pas.

Le génie de Sade, c'est d'avoir compris que l'humain est le terrain de tous les possibles. Les personnages infâmes décrits par Sade, c'est Sade. Les victimes martyrisées par ces infâmes, c'est Sade aussi. Sade ne décrit pas la méchanceté des hommes, il décrit notre humanité. Nous sommes tous sans exceptions des bourreaux et des victimes. Nous avons besoin d'être des bourreaux ou des victimes. Ou bien nous sommes forcés ou destinés à le devenir. Et selon certaines situations, nous aurons un ascendant sadique. D'autres auront un ascendant masochiste. C'est le fonctionnement même de la nature humaine. Et nous devons l'accepter. Nous battre contre nos penchants, c'est refuser ce que nous sommes. Pas de morale chez Sade, pas de combat du bien contre le mal puisque le mal peut être un bien.

Alors que Sade nous aide à accepter notre humanité en triturant le sang et la merde de nos corps et de nos âmes, Masoch cherche à la renier en créant un personnage artificiel, une maîtresse amenée par son soumis à devenir sadique, totalement idéalisée et modelée en fonction d'un fantasme personnel, une femme poupée dans laquelle il projette tous ses rêves et tous ses désirs victimaires et fétichistes.

Masoch, c'est ce boulet qui s'accroche aux pieds d'une femme libre, cet infect petit égoïste qui va manipuler un personnage pour le travestir en donneuse de fouet surnaturelle. Masoch, c'est le sadique envers lui même, continuellement dans le besoin et la demande, c'est le roquet qui jappe en s'accrochant à mes talons, et qui tente de me convaincre en pleurnichant que je ne serais pas ce que je suis s'il n'était pas ce qu'il est. La larme à l'oeil, il essaye désespérément de se rendre indispensable.

Figé dans cette société moribonde du dix neuvième, il lui sera difficile de trouver une vraie sadique, les comtesses Bathory ne courent pas les rues. C'est ainsi qu'il va tenter d'en créer une. Et ce sera un échec, dont il en tirera déception et amertume : le sadisme ne s'offre pas sur un plateau. La femme est décidément bien triste et bien ordinaire... Je reviens à ce que je disais tout à l'heure : Masoch est en réalité un romantique. Le romantisme est un concept comme un autre, c'est à dire qu'il va automatiquement à l'encontre de la nature.

Certains disent que la lecture de Masoch est complémentaire de celle de Sade. Ces gens me font penser à ceux qui veulent absolument inclure une morale à la fin d'une histoire. Pour ma part c'est l'histoire qui m'intéresse, pas la morale. Et réduire Sade à une philosophie, en occultant toute la dimension physique de ses écrits, c'est aussi imbécile que de renier sa propre dimension physique.

3 - La suprématie féminine

Ici, j'aborde de manière très courte la question de la suprématie féminine. Masoch, en bon romantique qu'il est, va placer la femme sur un piédestal, et c'est là toute l'erreur.

Admettre la suprématie féminine, c'est remettre la nature féminine à sa vraie place, c'est à dire au centre des choses. La hisser sur un nuage c'est une autre manière de la refuser.

Il ne s'agit donc pas d'idéaliser la femme. La femme et extraordinaire par essence. C'est sa nature même qui la rend supérieure et nécessaire. Nul besoin de la diviniser, de la travestir, et encore moins de la transcender. Il suffit de la reconnaitre pour ce qu'elle est et d'agir en conséquence.

Pourquoi avoir inventé un tel personnage que la Maîtresse SM ? Si la femme naturelle est décevante pour certains hommes, et s'ils ont eu ce besoin de créer une femme surnaturelle, cela prouve tout simplement que les mâles ont besoin de concepts pour rêver, et qu'ils passent continuellement, systématiquement, et instinctivement, à côté de la nature, de la vie, de la spontanéité, et de la pure jouissance qu'elle offre.

Les hommes ne savent vraiment pas jouir du vivant. Je parle de ceux qui ont un minimum de cervelle. Epris d'absolu, ils ont besoin de fantasmes et d'idéaux. Le romantisme en est un, et le SM consensuel, lequel découle du romantisme, en est un autre.

La femme est pourtant naturellement sadique. Nous avons toutes en nous le petit sourire pervers de Jean Seberg dans le final d'A Bout de Souffle, laquelle vient de livrer son compagnon à la police et à la mort, et lorsque nous ne sommes pas sadiques spontanément, nous le devenons dans le calcul : tout se manipule, tout se soutire, tout s'obtient. Nous savons devenir particulièrement hideuses lorsqu'il le faut ou lorsque cela nous amuse. Inutile de le démontrer, chacun aura pu le constater au moins une fois dans sa vie.

Pas de femme dans le SM : la Maîtresse n'est en fait qu'un homme, puisque son existence, sa pensée, son corps, ce qui l'habille, le fouet qu'elle tient dans la main sont des inventions de l'homme. La Maîtresse SM, c'est la projection de l'homme qui s'autoflagelle à travers sa création.



Triste constat. Je me revois plus jeune, en face de cet état de fait. J'ai été moi aussi une prestataire de services. J'ai pensé que satisfaire mes pulsions sur des types qui n'attendaient que ça, pouvait suffire à satisfaire mon sadisme. Et j'ai déchanté rapidement.

Pour la femme que je suis, on peut même parler d'un problème insurmontable. Je suis naturellement dominante, pas besoin de pousser, ma nature est foncièrement sadique, c'est incontestable, et j'ai toujours été faite pour être servie. Comment faire ? En réalité, le personnage de la Maîtresse SM tel qu'il a été conçu ne pouvait en aucune manière me correspondre et me convenir.

Ainsi, j'ai compris qu'il me fallait créer mon propre système, mon propre fonctionnement, tout ceci pour échapper à cette imposture générale et jouir de mes pulsions, de ma féminité, et de ma liberté, sans être au service des hommes. C'est pour cela que je vois le SM comme un outil destiné à me servir, et non comme une fin en soi.


4 - Le naturel

Le fait de rester moi même est la clé majeure de mon système.

Ma féminité n'est pas un fléau, elle est une chance et un trésor. Personne ne pourra me l'enlever, elle est ma plus grande richesse. Quelle drôle d'idée que de subir sa féminité. Je n'ai jamais eu l'impression qu'il me manquait quelque chose entre les jambes. Qu'il est confortable de recevoir plutôt que de faire tous les efforts pour donner.

Je n'ai pas besoin de m'oublier dans un personnage. Je suis heureuse d'être femme. Je joue et je jouis de ma féminité à chaque seconde. J'accepte ses aléas et ses petites misères. Je suis pragmatique, terrestre, et abominable selon Baudelaire. J'ai toujours pensé qu'une femme était supérieure aux concepts, aux idées, ou aux religions. Sur cette planète, la femme est le centre de tout, car tout tourne autour d'elle et tout revient à elle. Elle est la matrice incontestable.

Lorsqu'on est à ce point naturelle, comme je le suis, certaines questions se posent : si je suis le concept du SM, je devrais logiquement remettre dans les mains des hommes le pouvoir de me rendre dominante. Pourquoi me donner un statut de dominante puisque je le suis déjà ? Ma distance, mon ascendant sont innés.

Pourquoi ne devrais-je avoir affaire qu'à des paillassons ? Je suis une dominatrice, puisque je sais faire plier ceux que je veux voir à genoux, d'une manière ou d'une autre.

Pourquoi devrais-je accepter l'idée de ne pas faire souffrir vraiment ? J'aime atteindre véritablement un être, j'aime l'humilier, l'écraser, le compromettre, l'anéantir socialement, le pousser au bout de lui même et même au dela, l'entrainer dans une impasse, lui arracher ce qu'il ne veut pas me donner, l'utiliser, exploiter ce qui m'intéresse, lui faire mal sans raison.

Pourquoi être habillée, ou plutôt déguisée, lorsque j'ai envie d'être nue ? Pourquoi m'interdire la sexualité si j'ai envie d'y croquer ? Etc, etc.

Bref, si une femme dominante est supposée être libre, doit-elle obéir à des dogmes et à des codes créés par les hommes qui ont forgé cet univers SM ?

Je ne réponds donc à aucun code, ce qui serait une manière indirecte de répondre à une attente masculine. Je ne fais que répondre à ma féminité et à mes envies.

Ainsi, nul besoin d'endosser un costume de dominatrice : plus je suis moi même, et plus je suis Maîtresse.

Loin de moi l’idée "d’endosser les fautes" de mes serviteurs. Voilà une interprétation totalement influencée par une morale judéo-chrétienne débilisante.

J’explique qu’il n’y a pas de "faute". Que chaque humain possède sa face cachée et qu'il faut tenter de vivre avec elle si l'on veut vivre un jour dans un certain équilibre. Au fond, moi même, je n’ai pas fait autre chose. Je place donc chaque être en face de son humanité, je lui fais comprendre que cette partie sombre, il la possède en lui et il la possèdera toujours, que je sois là ou non.

Il faut non seulement l’admettre mais il faut aussi l’explorer. Il faut la regarder en face, surtout, pour qu'elle ne devienne pas une déviance à exorciser au cours de sempiternelles petites séances du week-end. Cette face cachée n’est donc pas un poids pour mes soumis. Pas de tourments épouvantables ni de dépressions nerveuses. Ils apprennent l’harmonie du corps et de l’esprit. Ils acceptent ce qu'ils sont. Simplement cette partie sombre n’a de sens que parce que j’existe. Cette partie sombre devient utile. Elle m'est utile, plus précisément.

Ce SM compassionnel me fait sourire. Que je puisse déclencher un signal chez le soumis est une chose. Que je devienne une sorte de Maîtresse Christique qui le soulagerait du poids de son "péché" en est une autre. Mes serviteurs sont seuls responsables de leurs actes, de leurs pensées, et de leurs comportements. Et au fond, ils apprennent à déculpabiliser, parce qu’ils me voient bien pire qu’eux. Ils s'acceptent.

5 - Le sadisme

Il est difficile d'aborder la question du sadisme. Le sadisme n'est pas beau, il est même totalement repoussant. Le sadisme fait appel à des choses mauvaises, immorales qui sont enfouies au fond de nous. Il est plus moral et plus rassurant de faire appel au masochisme, car le sadisme choque et il choquera toujours. Bestial, sauvage ou cynique, le sadisme est contraire à l'idée de dignité humaine.

Le sadisme n'est pas la perversion, mais c'est une forme de perversion parmi d'autres. Le sadisme est injuste, ignoble, inacceptable. Et pourtant nous avons tous cela en nous, à des degrés divers. Pour ma part, il est beaucoup plus développé que chez d'autres, c'est le moins que l'on puisse dire, et c'est ainsi.

J'ai donc choisi de répondre à mon humanité et de le laisser s'exprimer pleinement. J'aurais pu le cacher, le contenir, l'enterrer définitivement. En l'explorant, en le laissant s'épanouir, j'ai donc franchi l'obstacle de la morale et de toutes les morales.

Franchir une morale est grisant au tout début. Ensuite on n'y fait même plus attention. J'ai toujours gardé à l'esprit cette phrase de Ferré qui dit que "le problème avec la morale c'est que c'est toujours la morale des autres". Aujourd'hui, dans mon esprit, tout cela coule de source. La question ne se pose même plus.

Lorsqu'on pense sadisme, on s'imagine instantanément des scènes atroces au cours desquelles des tueurs en série déchiquettent des corps et violent des enfants. Quelle fumisterie. Le sadisme est comme une pédale d'accélérateur : on peut appuyer doucement pour avancer prudamment, on peut lever le pied, on peut aussi accélérer à fond et aller au bout de l'horreur. Le tout est de savoir conduire.

Il est donc raisonnable de dire que certaines pages de Sade ne sont pas possibles à reproduire dans la vie. Pour ma part, la question de la morale étant évacuée, elles ne sont pas possibles pour une raison précise : le cadre légal. Sur la question du consentement, je vais y venir.

Si certaines sont impossibles, d'autres sont faisables. Cela peut passer par de petites choses ou par de grandes séances interminables. L'imagination au service de l'action est donc le moteur indispensable.

Il y a mille et une manières d'être sadique, et ça ne passe pas nécessairement par le viol. Le sadisme a bien des visages, il joue avec toutes les subtilités du consentement comme du non-consentement. Etre sadique, c'est aussi être suffisamment perverse pour placer sa victime dans une impossibilité de réaction ou de vengeance afin que l'injustice soit totale.

Il est convenu que le sadisme n'est pas véritablement compatible avec le masochisme : faire souffrir un individu qui aime cela est relativement frustrant. On s'imagine donc que le sadisme est impossible à mettre en pratique, car s'il y a sadisme, il ne peut y avoir masochisme. C'est un système bien plat, c'est d'ailleurs le système actuel. C'est un système raisonnable, contractuel, consensuel, moral.

6 - Déviants et serviteurs

J'ai parfois, sur ce blog, parlé de "masos". L'un de mes contacts msn a relevé la contradiction suivante : "Maîtresse, vous êtes une vraie sadique, donc vous ne pouvez pas posséder de masochistes." Sa remarque est totalement exacte. Je ne possède pas de masochistes.

La servitude est le seul moyen pour rompre cette manipulation de la Maîtresse par le soumis. Il s'agit d'éradiquer la notion de masochisme pour la transformer en exploitation physique, psychique et parfois financière.

Cela signifie quatre choses :

> Le but étant ma propre satisfaction, la souffrance que j'inflige au masochiste est une souffrance qu'il ne peut pas contrôler.

> Le "masochiste" est placé dans un devoir d'effort continuel afin d'obtenir ma satisfaction. De ma satisfaction dépend son plaisir. Son plaisir est donc une conséquence du mien, et non une fin en soi.

> Ne pouvant contrôler la douleur que je lui inflige, le "masochiste" n'est donc plus masochiste dans le sens où il ne prend aucun plaisir dans la souffrance proprement dite.

> De "déviant", il passe donc au statut de serviteur. Son objectif n'est plus l'assouvissement d'une vulgaire pulsion, mais la satisfaction de mon sadisme.

La question du consentement n'est pas annihilée. Elle est simplement déplacée. Si le serviteur accepte de se remettre entre mes mains, sans aucune limite, il s'agit pour lui d'un abandon total qui est consenti. Mais son consentement se situe dans la servitude, et non dans un pacte masochisant. Il acceptera la possibilité que je franchisse ses limites, que je viole ses tabous, car il a dès le départ agréé l'idée d'être exploité comme il me plait. Et s'il accepte la servitude, il n'accepte pas le viol physique en tant que tel, mais il en conçoit l'hypothèse, il la redoute et s'abandonne totalement à mon jugement.

C'est cela qui est beau : s'abandonner à tous les possibles et s'en remettre à mon pouvoir (cf la chronologie du doute).

Ce qui devient un devoir envers moi n'est donc plus un besoin pour lui, et cela me permet de franchir des limites extrêmement poussées sans même que j'emploie la menace. Je peux m'en donner à coeur-joie, car même en ayant accepté l'idée d'être exploité, le serviteur souffre, endure, crie, pleure, saigne, fait des choses qu'il n'a jamais faites, subit des choses innommables, ce qui ne peut que me ravir. Il devient littéralement mon jouet.

J'ai bien conscience que cette définition est dangereuse : il s'agit pour moi de garder la tête froide, de ne pas faire les choses n'importe comment, et surtout de ne pas casser mon jouet trop vite. A moi de sonder l'inconscient de l'individu afin d'en extirper ce qui m'intéresse.

Le serviteur garde toujours au dessus de sa tête une épée de Damoclès ("jeu" de chantage par exemple) afin de n'avoir aucune porte de sortie. Avec le temps, il apprend à s'abandonner de plus en plus, et de mieux en mieux, car on ne peut véritablement s'abandonner que lorsqu'il n'y a aucun échappatoire possible.

Ainsi je ne donne jamais à un soumis ce qu'il vient chercher. Je renverse sytématiquement la situation afin de le mettre dans une obligation de résultats : voir chamboulés tous ses repères masochistes antérieurs, subir des souffrances inédites ou largement exagérées, se surpasser, surmonter ses dégoûts, admettre la possibilité d'un viol continuel, ce qui n'en fait plus véritablement un viol, mais qui reste difficile à supporter. La pression qui pèse sur ses épaules étant perpétuelle, la servitude en soi est donc loin d'être un plaisir.

Ce que j'appelle les "limites définitives" de l'individu apparaissent un jour ou l'autre. J'en tiens compte comme je puis les oublier volontairement. Souvent elles sont bien plus poussées que ce qu'il pouvait s'imaginer au départ. Mon sadisme est donc satisfait d'avoir forcé et emmené le serviteur à s'embourber dans des pratiques totalement ignobles.

7 - Statut du serviteur

Le thème du "serviteur" ne plait guère, hormis lorsqu'il s'agit de petites saynettes au cours desquelles un pauvre type va tenir un cendrier pendant une heure. Combien de fois m'a t’on dit : "vous prenez les soumis pour des imbéciles". Et je réponds : un serviteur n'est pas un imbécile, c'est un être conscient qui s'abandonne à une femme qui le dépasse réellement. La définition est fort simple, le résultat est plus que difficile à atteindre. Voilà pourquoi je sélectionne à ce point. Voilà pourquoi je prends le temps de connaître en profondeur la personne que j'asservirai.

Le monde SM n'est pas composé que de clients masos et de clients fétichistes. Le serviteur fait aussi partie du système. Certains le sont naturellement, et d'autres le deviennent. Pour ceux qui ne le sont pas encore, ils le deviendront avec moi. C'est incontournable, car c'est la seule voie possible pour vivre quelque chose de vrai.

C'est ici que ma nature revient à la surface (mais au fond elle y est toujours). Parce que je provoque une fascination, parce que je possède un ascendant naturel, parce que je conquiers sans efforts, et que je sais jouer avec ce que je provoque, alors je génère des individus voués à servir ma suprématie.

Beaucoup d'hommes font ou ont déjà fait des choses hors du commun voire complètement folles pour une femme. Ils se sont salis, détruits, ou bien ils ont franchi des limites qu'ils ne pensaient jamais franchir, dans le sens positif parfois ils se sont surpassés, car ils étaient dans une dépendance, dans un amour, une fascination ou une adoration. Pour certains, le simple fait d'être assis à côté d'une femme qu'ils admirent est une fin en soi. Et d'autres iront beaucoup plus loin si je le leur demande. C'est ici que la servitude devient possible.

Ma domination n'est donc jamais dans une perspective de conquête, mais dans une puissance assise.

Le piège de l'étouffement et du modelage décrit par Masoch s'évite avec une grande simplicité. Le serviteur est utile, c'est là sa seule vocation. Il n'a rien à dire, rien à demander, rien à obtenir. Si ses performances déclinent, s'il ne veut plus, ou s'il n'en peut plus, il prend la porte de sortie, je n'aurai plus besoin de ses services. Le serviteur est un outil, et lorsque un outil est usé ou cassé, il se remplace. Ceci explique l'étendue de mon cheptel : j'ai besoin continuellement de rechanges. Les liens que je tisse, je puis les trancher d'une seconde à l'autre.

Comme je l'ai expliqué, le plaisir de me servir est loin d'être une évidence, mais il peut parfois devenir une conséquence. Si j'estime que le plaisir permet au serviteur de mieux accomplir sa tâche, alors j'appuierai sur le bouton "plaisir". Mais jamais un serviteur ne doit quémander son plaisir pour mieux avancer, car sinon nous retomberions dans les rapports que nous connaissons déjà dans le traditionnel : domina/masochiste. Rien n'est dû à un serviteur. Simplement je joue avec le plaisir de la même manière que je joue avec la douleur ou la frustration.

Je fais donc attention à ce que cette attitude de renversement des situations ne devienne pas un système, car sinon je serais moi même prisonnière de ce comportement en m'interdisant de faire les choses comme il me plait. Si j'ai envie de revêtir un catsuit en latex, par exemple, et que le soumis que je reçois à ce moment là adore cette matière, il s'agira alors d'une heureuse coïncidence pour lui, et cela ne me dérangera absolument pas qu'il prenne du plaisir à me voir ainsi habillée.

8 - Le mouvement

Si l'on me comprend bien, je suis exactement à l'opposé du concept de Maîtresse SM créé par les hommes et j'ai réussi à contourner le problème de base et à le réadapter pour servir mon propre intérêt. En clair, je suis véritablement sadique, absolument pas masochisante, et le masochiste devient serviteur de mon sadisme, il n'est donc plus masochiste.

En revanche je puis avoir des fantasmes et des pulsions masochistes. Pratiquant des sexualités extrêmes depuis longtemps maintenant, j'apprécie que certaines parties fines soient brutales et intenses. Mon appétit sexuel me pousse parfois à demander à certains de mes serviteurs de me violenter. Cela peut passer par une sexualité de groupe, par exemple, ou par diverses autres petites pratiques.

Je fais partie de ces femmes qui voient la sexualité comme un affrontement et un challenge, et bien entendu j'aime avoir le dernier mot. La conquête de l'homme par le sexe, dans une situation où je suis théoriquement soumise, est un de mes petits plaisirs. Et il serait stupide que je me prive de ce plaisir là par principe : là encore je réponds à mes envies et à ma nature.

Ceci dit, je n'irai pas jusqu'à dire que je suis switch. Si j'aime de temps à autres me faire brutaliser, je ne perds jamais le contrôle de la situation, car je suis foncièrement dominante et totalement et définitivement insoumise à tout système et à toute personne. Au fond je ne fais pas autre chose que le client maso qui va voir sa prestataire, la différence étant que mes soumis exécutent un ordre, et qu'en aucun cas un être ne peut prendre un ascendant sur moi.

Ma nymphomanie et mon masochisme de petite bourgeoise délurée qui se roule dans le stupre me ravissent, mais ils me sont aussi utiles...

Je puis par exemple exiger d'un soumis masochiste de renverser les rôles et de me faire subir ce que j'avais prévu de lui faire subir. Les masochistes étant des soumis complètement formatés en général, l'ordre que je leur donne leur parait insurmontable. Là encore, le soumis est mis en face de son devoir, et il l'exécute le plus souvent à contrecoeur, contrairement à ce qu'on pense. Je me souviens pour anecdote de soumis qui se sont mis à pleurer ou à vomir après m'avoir fessée copieusement. Si mon masochisme a été satisfait, mon sadisme l'a été encore plus. C'est ce qui s'appelle de l'art.

Casser les codes comportementaux, vestimentaires ou les codes d'une séance, fait donc partie de ma domination. L'imprévisibilité ajoute encore à l'aspect dangereux de la chose. Mon système est un mouvement perpétuel dans lequel le serviteur va constater que ma place de dominante est innée, et que la sienne est chèrement acquise mais jamais définitive. 

9 - Maîtresse SM ?

On peut sans doute constater que nous sommes loin du concept : "client / jouet" défini au tout début. Et pourtant ce système tient la route, j'en fais l'expérience chaque jour.

Aussi, il n'est pas acceptable qu'une seule et même façon de vivre le "SM" soit en vigueur et certifiée conforme. Il n'est pas possible de penser qu'il ne peut y avoir qu'une seule et même manière de le pratiquer. Mon blog, justement, est aussi un moyen de voir les choses autrement, et de replacer le sadisme au centre des choses en expliquant que c'est possible.

Et si je critique l'idée de la disparition du sadisme dans le monde SM actuel, on pourra sans doute critiquer le fait que je tire un trait sur le masochisme pour le transformer en servitude ou en exploitation. Soit, je l'assume. Après tout, il s'agit de mon système.

J'ai reproché à certaines de se faire appeler Maîtresse SM vu qu'elles ne sont absolument pas sadiques et qu'elles ne maitrisent rien. Mais elles peuvent me reprocher de ne pas être masochisante. Je vais donc renouveler mon appel et proposer ceci : si elles décident de s'intituler "Partenaires Masochisantes", je me ferai appeler "Maîtresse Sado". J'en fais la promesse.

10 - Conclusions

Ce que j'écris ici n'est pas nouveau. Tous mes articles ont eu pour ambition de présenter cette vision des choses. Je crois avoir eu, depuis le départ, l'honnêteté de discuter de certains sujets que peu de dominantes auraient abordé, ou qu'elles évitent soigneusement : la vénalité ou le comportement de certains consommateurs, par exemple. Je n'ai pas hésité à mettre "les pieds dans le plat" pour parler du clientélisme, de la vraie contrainte, du romantisme, du fétichisme absurde. J'ai redonné au mot "sadisme" tout son sens. J'ai pu m'offrir le luxe de mettre les soumis en face de leurs comportements et de leurs responsabilités. Expliquer aussi qu'il existe des femmes qui sont réellement des dominantes, des femmes libres, aux moeurs contestables pour certains, aux comportements douteux pour d'autres, et que chaque femme possède en elle un potentiel de suprématie sur l'homme, même si elles ne sont pas nécessairement étiquettées "Maîtresses SM". Et comme je n'ai pas besoin de clients, je poursuivrai de plus belle dans ces considérations.

Je crois que ce blog restera un point de repère pour libérer certains esprits de ce formatage qu'on leur impose. Le "monde BDSM" (on va l'appeler comme ça) n'est pas une secte à part, car le "SM" fait partie de la vie. Faire partie du monde "SM", ce n'est pas rester "entre nous", c'est s'ouvrir à tout, aux cultures, aux mentalités d'autrui, à la sexualité, à la philosophie, à la psychanalyse, à l'art, à soi même, à la nature profonde de l'humain.

Le SM est liberté, tout devient envisageable, et il n'existe pas qu'une seule façon de faire, bien heureusement. Il y en a d'autres, parfois mensongères, contradictoires, ou parfois un peu plus cohérentes. Et je comprendrai toujours que certains considèrent cela comme un divertissement intellectuel et sexuel élitiste, et préfèrent s'amuser entre eux, en se fabriquant un cercle pour initiés, un "Club des Cinq" version latex, avec ses réunions secrètes, ses mots de passe, ses expiatoires, ses thérapies, ses confessionnaux, et ses dogmes.

Pour ma part, je n'ai pas souhaité prendre de distance avec cet univers. Je vis le SM à 100%, c'est un fait. J'ai toujours considéré, depuis mon adolescence, que cet outil devait être employé à fond et je n'ai donc jamais vu le SM comme un jeu de l'esprit ou comme un divertissement pour privilégiés. Cette comédie ne me plait guère et ne m'a jamais plue. Le "second degré" n'a pas suffi à recueillir mes suffrages. Je n'ai pas souhaité devenir psychanalyste pour débiles mentaux. Je suis parfois traitée de "conne" parce que je vais au bout des choses en refusant l'idée même de comédie. A mes yeux, l'intelligence, ce n'est pas se rendre compte que ceci est un jeu, mais prendre conscience que le BDSM est un champ de possibilités inouï, d'un point de vue physique et cérébral. Certains et certaines ont voulu ou n'ont pu que rester dans une distance à travers le jeu. Moi : non, car je suis foncièrement sadique et naturellement dominante. C'est ici que naît la frontière entre nous. Je n'en veux à personne de ne pas être comme moi, et sans doute est-ce mieux ainsi. Mais je sais également que je ne suis pas la seule...

Se libérer de carcans sociaux, moraux, sexuels, explorer sa personnalité, se fouiller, se souiller, mais aussi se purifier, découvrir tous les pans de sa sexualité, aller au bout de certains fantasmes, chercher sa face cachée, la découvrir et l'assumer, servir une femme d'exception, se perdre pour se trouver, ou se trouver pour se perdre, se détruire ou se reconstruire, le SM offre tout cela dans un langage accessible à tous : celui du rapport de forces. Le SM est un chemin de tous les possibles. C'est un outil extraordinaire. Et si l'on a un tant soit peu d'exigence, alors la comédie proposée plus haut par "le Spectacle" ne suffit pas. Il faut aller plus loin pour aller plus en profondeur.

 

Présentation

Articles récents

Créer un blog sexy sur Erog la plateforme des blogs sexe - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés